Les îles du Frioul : un petit monde au large de Marseille
À seulement un kilomètre et demi du littoral marseillais, juste en face de la pointe d’Endoume, se trouve un petit archipel plein d’histoire et de caractère : les îles du Frioul. Quand on regarde la mer depuis Marseille, les îles semblent toutes proches. Pourtant, une fois sur le bateau-navette qui part du Vieux-Port, on se sent déjà un peu en voyage.
L’archipel est composé de quatre îles principales :Pomègues, la plus allongée au sud-ouest Ratonneau, au nord-est. l’île d’If, célèbre pour son château-prison et le petit Tiboulen du Frioul, l’ensemble couvre environ 200 hectares et dépend administrativement du 7ᵉ arrondissement de Marseille.
Le mot Frioul vient du provençal Frieu, qui signifie tout simplement un passage maritime entre deux îles. Ici, il désigne le bras de mer qui sépare Pomègues et Ratonneau, mais par extension le nom s’est appliqué à tout l’archipel.
Un jour, un touriste a demandé au guide du bateau :
— Le Frioul, ça vient de la région italienne ?
— Pas du tout ! répondit le guide. Ici, ça vient du latin fretum, qui veut dire « passage de mer ».
— Ah… donc rien à voir avec les pâtes.
— Malheureusement non.
Pendant des siècles, ces îles ont joué un rôle très sérieux : défendre Marseille.
Leur position stratégique en faisait un poste idéal pour surveiller l’entrée de la rade.
Résultat : des forts partout. Sous Henri IV, un important fort est construit sur l’île de Ratonneau. Puis le célèbre ingénieur militaire Vauban, sous Louis XIV, renforce tout le système de défense.
Même Napoléon ajoutera ses propres installations.
Et si vous vous promenez aujourd’hui sur ces îles, vous verrez encore des traces de ce passé : batteries, tranchées, postes d’observation et ouvrages militaires disséminés un peu partout.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands occupent les îles et renforcent encore les défenses avec d’impressionnantes constructions en béton armé. Les combats pour la libération y furent d’ailleurs assez intenses.
Après la guerre, les îles restent territoire militaire. Ce n’est qu’en 1975 que le maire de Marseille, Gaston Defferre, obtient l’autorisation de transformer l’ancienne rade militaire en port de plaisance. On construit alors un petit quartier : environ 450 logements, quelques commerces et une caserne de marins-pompiers.
Et surtout… on met en place la navette maritime entre le Vieux-Port et le Frioul.
— C’est loin ? demande parfois un passager.
— Environ six kilomètres, répond le marin.
— Ah, ça va… j’avais peur qu’il faille nager.
Les îles ont aussi servi à des missions bien moins militaires. Lors de la peste de Marseille au XVIIIᵉ siècle, Pomègues et Ratonneau furent utilisées comme lieu de quarantaine pour éviter que la maladie ne se propage en ville. Dans les années 1920, un centre sanitaire y fut également installé pour accueillir et trier les réfugiés arméniens arrivant à Marseille.
Aujourd’hui, le Frioul est un quartier un peu particulier de Marseille. Il n’y a pas de voitures sur les îles. Les vélos eux-mêmes doivent être utilisés avec modération. Environ une centaine d’habitants vivent ici toute l’année : familles, retraités, plaisanciers installés sur leurs bateaux.
Le port peut accueillir plus de 600 bateaux, et autour se trouvent des immeubles construits dans les années 1970, avec commerces en bas et logements au-dessus.
La vie y est tranquille. On y trouve aussi : un centre de vacances Léo-Lagrange,une station de pilotage maritime pour guider les navires vers le port de commerce de Marseille.
une caserne de marins-pompiers et même une ferme marine biologique installée dans l’ancien port de quarantaine. Sans oublier les jardins partagés cultivés par les habitants depuis 2004.
En résumé, les îles du Frioul sont un mélange étonnant de nature, d’histoire militaire et de vie paisible.
Et comme le disent souvent les Marseillais :
— Tu vas au Frioul aujourd’hui ?
— Oui.
— Alors prends ton temps… là-bas, la mer ralentit les horloges.
J-L M.
