Imaginez un marché en plein air où tout le monde crie en même temps. C’est à peu près notre époque. Les réseaux sociaux, les plateaux télé, les podcasts… tout le monde a un micro, personne n’écoute. Résultat : un déluge de mots creux, de préjugés recyclés et de haine déversée à la pelle.
Le grand n’importe quoi ambiant
Dans ce bruit permanent, plus personne n’a le temps de réfléchir. Le plus simple et le plus rassurant l’emporte toujours. Besoin de tout expliquer sans effort ? Vive les théories du complot !— La crise économique, c’est un complot.— Mais non, soyons rationnels…— Ah, et toi qui dis que c’est pas un complot… c’est justement la preuve que c’est un complot !
Imparable. Et pour ceux qui préfèrent le style « woke » : même combat, même certitude absolue, juste avec un vocabulaire plus inclusif.
Il y a 2 500 ans, un type avait trouvé mieux, ce type, c’est Socrate. Son idée révolutionnaire : la vérité n’a pas besoin de l’approbation des dieux (ni d’un like). Elle est accessible à toute raison humaine, même celle d’un esclave. Autrement dit : pensons par nous-mêmes !
Les Athéniens ont adoré cette idée.
Enfin… ils l’ont condamné à mort, le Socrate ! Mais philosophiquement, c’était un succès.— Socrate, tu pervertis la jeunesse !— Je leur apprends juste à réfléchir.— Exactement. Donc mort par la Ciguë.
Pourquoi la raison est si peu populaire ?
La religion, la magie, le mythe ont un immense avantage sur la science : ils répondent à TOUTES les questions. Même les contradictions s’expliquent (« les voies de Dieu sont impénétrables »). La science, elle, avoue ses limites, remet en question, ne console pas. C’est épuisant.
Et la philosophie ? Elle « s’arrange » pour ne pas vous dire ce que vous voulez entendre. Difficile de vendre ça.
Cerise sur le gâteau : la vraie science est née… sans les mains. Les mathématiques ? Abstraites, inutilisables directement. L’astronomie ? On contemple des étoiles qu’on ne peut pas toucher. C’est en regardant ce qui est « hors de prise » que l’humanité a appris à penser, au lieu de seulement faire.
Ce que tout ça veut dire :
Sans raison cultivée, l’être humain se réduit à soigner sa bête intérieure et à chercher des consolations illusoires. Il rejoint une « communauté de croyances » qui passe son temps à dénigrer les autres communautés de croyances. Bref : la barbarie.
La raison, elle, élève au-dessus du particulier. Elle ne nie pas votre identité : elle vous rend universel. Et c’est seulement à ce niveau que le vrai dialogue devient possible — pas les débats de fosse où chacun cherche à écraser l’autre.
— Alors, c’est l’école qui doit nous sauver ?— En théorie, oui. En pratique… le post-modernisme est passé par là. En résumé : pensez par vous-même, supportez l’inconfort du doute et méfiez-vous de tous ceux qui ont réponse à tout ! C’est à peu près ce que pourrait nous dire un vieux sage. Mais où se cache-t-il ?
J-L M.